 | Edition Originale L'Enquête Pontificale de 1373 sur l'Ordre de l'Hôpital. Dans le grand-prieuré d'Aquitaine.
Les finances pontificales ont bénéficié de solides études, de Charles Samaran et Guillaume Mollat à Jean Favier, en passant par William Lunt, qui ont souligné l'efficacité de l'administration fiscale avignonnaise. Dès la fin du XIIe siècle les temporels ecclésiastiques avaient été soumis, en principe exceptionnellement, à une décime afin de pourvoir au financement de la croisade. Clément V établit en 1306 la levée d'une année de revenu net, après déduction des charges de gestion et de l'entretien du bénéficier, à l'occasion des collations de bénéfice, et Jean XXII la généralisa. Sous le nom d'annate ou de communs et menus services, ce fut désormais pour le clergé l'imposition pontificale par excellence. Elle supposait une bonne connaissance des revenus de chaque bénéfice, épiscopal ou abbatial, comme on le constate par les séries fiscales conservées aux Archives vaticanes à partir de 1306.
De surcroît, les papes du XIVe siècle ont procédé à de larges et systématiques collectes d'information par le moyen d'enquêtes, dans le contexte d'importantes réformes. Benoît XII (1334-1342), moine bénédictin avant de devenir évêque puis cardinal, tentant d'imposer à l'ordre de Saint-Benoît un plan de centralisation par la bulle Summi magistri du 20 juin 1336, ordonna la même année une enquête générale sur la fortune de ses établissements. Des commissaires généraux en furent chargés dans chaque province, et le but et le caractère de l'enquête se trouvent définis dans la lettre que le pape adressa le 13 décembre 1336 à deux de ses commissaires, Gerbert, abbé de Saint-Victor de Marseille, et Raimond, abbé de Montmajour. On constate « la netteté et la précision des points sur lesquels l'enquête devait porter: rigoureuse uniformité du cadre dans lequel devaient entrer les renseignements recueillis pour chaque maison, précautions prises pour s'assurer la pureté des sources d'information. » Léopold Delisle, qui a signalé cette enquête en 1909, en a trouvé des traces ou des documents pour 1337 et 1338 aux archives départementales de la Seine-Maritime, de la Manche, d'Ille-et-Vilaine et des Bouches-du-Rhône.
C'est la réforme du principal des ordres militaires, l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui est visée par l'enquête que lance le pape Grégoire XI en 1373. En juin 1372 il a demandé au maître de l'ordre de remédier à l'inactivité des frères dans la croisade, à leurs négligences face à leur mission charitable, aux carences dans la gestion de leurs biens. Le 10 février 1373 il fait expédier aux évêques de la chrétienté une lettre les chargeant, chacun dans son diocèse, d'une enquête sur l'ordre, dont il déplore la notable (non modicum) décadence spirituelle et temporelle. Dans le questionnaire auquel chacun devra répondre, on saisit la compétence, l'organisation, l'efficacité de l'administration financière d'Avignon. Il est demandé de communiquer à Avignon: — la liste des établissements de l'ordre dans le diocèse; — le prénom, le nom, l'âge des commandeurs, des prêtres et clercs ayant reçu les ordres sacrés, ainsi que des chevaliers; — l'état des revenus annuels de chaque maison; — les charges à assurer chaque année; Sources: Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, tome 164, deuxième livraison juillet-décembre 2006. Paris Genève, Librairie Droz. |