presentation de mon dernier livre : LA GARDIENNE DE LA 9e PORTE
7 Octobre 2013
Ivo de Lessinis asbl - vzw a ajouté une photo (7 octobre 2013) à son journal. LE MAÎTRE DE FLANDRE ( 4 ) - Texte de Rudy Cambier 4ème épisode du texte inédit de Rudy Cambier: Un empereur peut incontestablement en cacher un autre... "... Oui, mais l'évidence est parfois un fard qui maquille l'erreur, la faisant passer pour vérité. Bien des évidences ne sont que de fortes sottises. C'est l'évidence qui, aux yeux de tous, prouvait que la Terre était le centre de l'Univers et que le Soleil, chaque jour, parcourait son arc de cercle au-dessus de la plate planète bleue. Mon évidence à moi montrait que Pichon s'était laissé berner par l'illusion de l'évidence : LE piège par excellence... ... Lire la suite LE MAÎTRE DE FLANDRE ( 4 ) - Texte de Rudy Cambier 4ème épisode du texte inédit de Rudy Cambier: Un empereur peut incontestablement en cacher un autre... "... Oui, mais l'évidence est parfois un fard qui maquille l'erreur, la faisant passer pour vérité. Bien des évidences ne sont que de fortes sottises. C'est l'évidence qui, aux yeux de tous, prouvait que la Terre était le centre de l'Univers et que le Soleil, chaque jour, parcourait son arc de cercle au-dessus de la plate planète bleue. Mon évidence à moi montrait que Pichon s'était laissé berner par l'illusion de l'évidence : LE piège par excellence... C'est parce que je n'ignorais pas le Moyen-Âge que j'ai eu la chance de savoir d'emblée qu'il s'agissait ici de l’empereur germanique Frédéric II Hohenstaufen, un souverain de la première moitié du 13ème siècle (1194 – 1250) et pas du premier Bonaparte. C'est vrai qu'ils étaient tous les deux petits, chauves, cruels, menteurs, gaspilleurs, vantards et bedonnants, mais de là à les confondre ! Par un pur coup de chance, j'avais reconnu le genre littéraire au premier coup d'œil et je savais aussi que, concurremment avec l'appellation d'Antéchrist ou de second Antéchrist, l'expression " il est moins prince que boucher était l'injure dont ce Frédéric II était le plus fréquemment gratifié de son temps. Cette avanie charcutière s'abreuvait à de multiples sources et nous allons en évoquer quelques-unes. Frédéric II était le fils de Constance de Sicile (1154 - 1198) et d'Henri VI Hohenstaufen (1165 - 1197), ce dernier connu de tous les Italiens sous le nom de Boucher de la Sicile ! Frédéric II était donc bien évidemment "le fils du boucher". Le moins prince que boucher du quatrain ne pouvait certainement pas être le boucher lui-même, Henri VI, puisque celui-ci n'est pas né près d'Italie mais à Nimègue en Hollande. Aux 12ème et 13ème siècles, la dynastie souabe des Hohenstaufen se trouva engagée dans une lutte féroce contre la papauté. C'est l'époque des Guelfes et des Gibelins et de l'exil de Dante Alighieri. Les amours de Roméo et Juliette montrent que rien n'était simple en ce temps-là, même pas la romance italienne. Le grand-père du "moins prince que boucher", Frédéric 1er Barberousse, soutenait un pape accusé d'être un "antipape" par l’autre pape, et cet autre pape était gentiment surnommé "l'Antichrist de Rome" par le clergé allemand quasi unanime en réponse à l'insulte des papistes qui appelaient Barberousse "L'Antéchrist". Le tout-venant des peuplades postnapoléoniennes pouvait certes croire reconnaître le vautour d'Ajaccio dans ce quatrain, mais l'interprétation bonaparto-prophétique n'aurait pas dû résister longtemps au regard un peu appuyé d'un connaisseur du Moyen-Âge, de son histoire et de sa littérature. La méprise naissait de ce près d'Italie dans lequel notre Pichon voyait la Corse. Je ne conteste pas que la Corse est plus proche de l'Italie que du Groenland, mais il y a surtout que Pichon est un Français et, même si on voit pire tous les jours, son esprit est confiné dans l'hexagone comme un ver à bois dans un barreau de chaise. Nous avons bien souvent vu que pour le Français, d'empereur, il n'en est qu'un de vrai : Napoleone Buonaparte. Plus un ersatz, Charles Buonaparte, fils de Louis, qui à l'instar des papes changea de prénom pour devenir Napoléon III. Rien à redire à cela : quand on se nomme Buonaparte et qu'on postule l'emploi d'empereur successeur, pour réussir son coup d’État il faut s’appeler Napoléon et pas Népomucène ou Badilon. C'est un fait d'observation et avéré que quand ils entendent le mot "empereur", les Gaulois d'après 1815 songent rarement que le monde a produit des centaines d'empereurs. Bien plus de mille ! Pour quelle raison Le-Plus-Grand-Prophète-De-Tous-Les-Temps les aurait-il tous considérés comme de la crotte de bique vendue au rabais ? Or, il faut voir les choses telles qu'elles sont : que l'on s'attache à la puissance, à l'intelligence, à l'importance politique, à l'étendue des conquêtes, à la population du harem, comparé aux plus brillants d'entre eux le premier Buonaparte n'est qu'un nain de jardin, un pitoyable clown, un quatrième rôle. Vous est-il jamais venu à l'idée de comparer "géographiquement" Napoléon 1er avec Cyrus, Darius, Auguste, Trajan et Kubilaï Khan ? Un empereur c'est Napoléon parce que Nostradamus ne prophétise que pour la France clame un de ces Nostradamistes dans ses bouquins, mais seulement dans les éditions françaises. Pour trouver plus nombriliste que ça, il faut franchir l'Atlantique et aller aux États-Unis d'Amérique ! Bref, obnubilés par "leur" empereur, les Français ne prennent pas conscience de l'existence de toutes ces têtes couronnées, et, à plus forte raison, ignorent-ils absolument où elles sont nées. Il est, en France, impensable – au sens premier, étymologique : il est impossible de penser – qu'un autre empereur que le leur aurait pu voir le jour pas trop loin de la péninsule bottée. Toutes ces puissantes raisons – quel bonapartolâtre a lu ne serait-ce qu'un seul bouquin sur les cinq empereurs que je viens de citer ? – plus le fait que Napoléon est beaucoup plus proche de nous dans le temps, font que le voisinage du mot empereur avec l'expression près d'Italie ne peut pas, dans ces têtes-là, s'appliquer à un autre souverain que Buonaparte. Dans l'esprit d'un Français et par voie d'influence dans l'esprit du lecteur européen moyen – marqué, qu'il le veuille ou non, par la puissance de la culture française – ce voisinage de mots est déterminant. Cette cohabitation lexicale empereur près d'Italie est ressentie comme bien plus forte qu'un indice, elle est même plus incontestable encore qu'une preuve : c'est une évidence, c'est un certificat de napoléonité..." ( à suivre... )